After the Wedding : Un film hybride

Après plusieurs films tels que Brothers et Open Hearts, Susanne Bier nous propose à nouveau, avec After the wedding, un film perpétuant la logique Dogme95 initié par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg. Les films se revendiquant « films Dogme », étaient au départ des œuvres radicales qui contrastaient avec le paysage cinématographique de leur époque. Fleuron de ce mouvement, Festen où encore Les Idiots étaient perçus comme des créations assumant de pratiquer et d’offrir un cinéma différent.

Les années aidant, les films Dogme se sont davantage éloignés des règles du manifeste pour devenir des films plus conventionnels sur un plan esthétique. After the wedding est moins radical en termes d’éclairage, de cadrage, de montage que les œuvres précédentes de la même réalisatrice. Par ailleurs, il applique également une logique moins minimaliste en termes de moyens mis en œuvre à sa fabrication, ce qui nous donne l’impression de basculer dans un registre différent que celui du film Dogme alors que nous retrouvons de nombreux travers de la mise en scène propre à cette logique cinématographique.

La caméra porté qui suit en permanence les personnages principaux, à l’image de Festen, nous ressentons toujours cette impression d’être « invité dans le monde des personnages », nous les suivons, restons collé à leur visages, à leur mouvement. En cela, les films Dogme sont davantage des films de personnages que des films de récit, l’objectif est ici de susciter l’empathie du spectateur pour les personnages. Jacob Petersen (interprété par Mads Mikkelsen), en humanitaire souhaitant protéger un orphelinat Indien où encore Jorgen Lennart Hansson (interpreté par Rolf Lassgard), un riche homme d’affaires au motivations floues. Bourrés de défauts et de qualités, c’est cette ambivalence permanente qui rend humains ces protagonistes du quotidien et provoque immédiatement l’adhésion du public.

La lumière, moins crue et agressive que dans Open HeartsBrothers, permet ici de conserver un réalisme, du fait du refus permanent de sa stylisation. Elle est ici mise en avant comme outil naturaliste dont l’objectif est de nous donner à voir le monde tel qu’il est. Nous pourrions être dans un documentaire, ce que l’on nous dépeint se produit ici et maintenant.

Le montage, peut-être perçu dans ce film, comme un outil permettant de déconstruire le temps et l’espace cinématographique. En effet, la présence assumée de nombreux jump-cut, le non-respect de la règle des trente degrés, les ellipses visibles dans le raccord de deux plans supposés se passer dans une même unité de lieu et de temps ; l’ensemble nous donne l’impression que le respect d’une grammaire cinématographique élémentaire et de ses règles conventionnelles n’est pas le soucis principal de la réalisatrice. Ainsi, à l’instar du cadre, nous restons par le montage, dans une logique de proximité aux personnages, toujours focalisé sur leurs émotions et leurs ressentis. Ici, la performance d’acteur, l’intensité de la séquence prime sur le reste.

Le film, s’appuyant moins sur une économie de moyens intrinsèque au film Dogme que les précédentes œuvres de la réalisatrice, nous fait ressentir que nous rentrons dans une logique de production plus conventionnelle. De ce choix découle des idées esthétiques, le travail de la lumière où encore des décors, qui nous laisse à penser que, même en étant dans quelque chose de différent, le film reste proche des œuvres antérieures de la réalisatrice, du fait de ses procédés de mise en scène et d’écriture.

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